ASPA, SOS Animaux

Archive de la catégorie août 17th, 2009

sauvetage d’une pauvre chèvre

Début août, nous avons été appelés pour une petite chèvre abandonnée dans un chemin creux en pleine campagne. Elle était attachée à une corde de 1m50 qui lui avait entammée sérieusement le cou. De plus elle s’était blessée gravement dans les fils barbelés.  Sans eau et sans nourriture, la pauvre bête déjà bien amaigrie n’aurait pas survêcu 2 ou 3 jours de plus…

Soignée, elle reprend aujourd’hui des forces dans la pâture d’une personne qui l’a adoptée et que nous remercions bien sincèrement.

PS : le réel propriétaire de l’animal n’a pas été retrouvé…. Curieusement : il ne s’est jamais fait connaître.

Add comment 17 août 2009

Les meilleures histoires - A vous de jouer !

Envoyez-nous vite vos histoires (vécues ou fictives) tristes ou drôles, vos petites nouvelles (40 pages maximum) ou petits romans mettant en scène votre ou vos animaux de compagnie.

Les meilleures histoires seront publiées sur notre site et soumises à l’appréciation de nos internautes qui pourront les noter de 0 à 20.

Alors à vos claviers ou stylos…. Nous avons hâte de vous lire !

En attendant, nous vous proposons dans la rubrique “histoires” un petit roman de Jean-Louis VIOT

(voir sites sur cet auteur, ancien policier et aujourd’hui détective privé).

Add comment 17 août 2009

Roman de Jean-Louis VIOT

VOLEURS DE CHIENS

un roman de

Jean-Louis VIOT

&

Chapitre 1

- l’orphelinat des animaux -

Je m’appelle Jérémy. Jérémy Quintin. J’ai quatorze ans et trente deux dents, les cheveux châtains, plutôt courts avec une mèche qui me retombe sur le front comme une feuille de palmier. Je plais aux filles. Enfin, je crois. Moi, je suis difficile. Je n’aime que les nanas hautes et larges comme des bas de buffets, avec un pif de boxeur, des yeux qui se croisent, des boutons partout et des oreilles en feuilles de choux.

C’est faux, évidemment.

Le cartable à bout de bras, je tourne le dos à Margo. C’est comme ça qu’on surnomme le lycée Marguerite de Navarre, le bahut où je végète depuis la sixième.

Cette année, c’est l’année du brevet. Bonjour les réjouissances ! J’ai attaqué le premier trimestre avec brio. Pas une note au-dessus de sept. Sauf en français. Seule consolation : je ne peux que progresser. A condition de bosser, bien entendu.

Pour l’instant, les vacances de la Toussaint me tendent les bras et je n’ai pas envie d’en gâcher les premières heures. Mes vagues résolutions, je les ramasse dans ma poche et je mets mon mouchoir par-dessus.

Le cartable entre les chevilles, j’attends sur le bord du trottoir. Aujourd’hui, c’est Timon qui doit passer me prendre à la sortie du bahut. Timon, c’est mon père. Je l’appelais ainsi quand j’étais petit. Sans doute à cause de “Simon”, son vrai prénom. Un mot d’enfant qu’il m’arrive encore d’employer machinalement.

Je guette les voitures. Le voilà. Il arrive au volant d’une Renault plutôt banale. Moi, je sais que la bagnole cache bien son jeu. Il suffit de plaquer son gyrophare bleu sur le toit, de déclencher l’avertisseur deux-tons et de rabattre le pare-soleil marqué “police” pour qu’elle révèle sa véritable identité. Celle de son conducteur aussi.

Eh oui ! mon père est flic. Il est officier de police dans un service d’investigations.

Au moment où je grimpe dans la voiture, j’aperçois mes potes, Benjamin Sibert et Nicolas Bertout, qui se dirigent vers le parc à cyclos. Ils ont chacun leur scooter, eux !

Je claque la portière.

- Vous avez un peu de retard, lieutenant !

Timon sourit à son pare-brise, l’air amusé.

- Pas évident de venir te chercher, dit-il, un soupçon de reproche dans la voix.

Je saute sur l’occasion.

- Si j’avais un scooter…

J’ai balancé le refrain. J’attends le couplet.

- Décroche ton brevet, on verra après !

Gagné ! Tel que c’est parti, autant dire que je vais vieillir piéton.

- Tes notes, ça va ? enchaîne mon père.

Je n’aurais jamais dû parler de scooter…

Gêné aux entournures, j’esquisse un mouvement d’épaules.

- Rien de catastrophique.

Pas de réaction. Tant mieux.

Mon père est tout à sa conduite ou à ses préoccupations. Je l’observe en coulisse. Il est sympa, Timon. Il me fait marrer. Je l’aime bien et j’aime bien aussi son métier. Contrairement à certains de ma classe qui rechignent quand leurs parents viennent les chercher, moi, je suis fier de voir mon père m’attendre à la porte du bahut.

Un scooter nous grille la priorité et file devant nous.

Le lieutenant Quintin se contente de grommeler. Je m’indigne :

- Tu ne le bloques pas ?

Il hausse les épaules. J’insiste :

- A ta place, y’a longtemps que je l’aurais coincé !

Il soupire.

- Tu y tiens vraiment ?

Joignant le geste à la parole, il a plaqué le gyrophare sur le toit. Le deux-tons déchire l’air. Les bagnoles s’écartent. Je biche ! Le scooter a pris une avance que nous rattrapons vite fait bien fait. La chevauchée s’arrête le long d’un trottoir. Mon lieutenant de père met pied à terre.

Le scootériste hôte son casque et sous le casque je découvre qui ? Mon pote Benjamin Sibert. J’en reste comme deux ronds de flan.

- Attestation d’assurance ! ordonne la voix devenue impersonnelle de Timon.

Si jamais Benjamin se retourne, il va me voir. Je me tasse lâchement dans la voiture. Je ne peux pourtant pas laisser faire ça ! Tant pis. J’ouvre la portière et je prends un air dégagé.

- Parole ! Mais c’est Ben !

Deux paires d’yeux se braquent sur moi. Aussi ahurie l’une que l’autre.

- Tu connais ? demande stupidement mon père.

- Evidemment que je connais ! C’est Ben, un copain de ma classe !

Benjamin reprend des couleurs. Mon père lui rend ses papiers.

- Bon ! Passe pour cette fois. Mais attention ! Je ne serai pas toujours aussi indulgent !

Benjamin m’a adressé un bref salut et n’a pas demandé son reste.

Mon père a repris le volant.

- Tu veux continuer la chasse aux scooters ? ironise t-il, le sourire en coin.

Très drôle ! Je m’abstiens de répondre.

La radio crépite, tout à coup.

- Nérée 2 ! Nérée 2 ! Hathor vous appelle !

Mon père saisit le combiné.

- Nérée 2 vous écoute Hathor, transmettez !

- Pouvez-vous vous rendre à la S.P.A. route du Vallon pour un vol avec effraction. La requérante vous attend sur place. Elle aurait des éléments à vous communiquer.

Timon me regarde, l’air navré.

- Tu vas être obligé de m’y accompagner. Ça t’embête ?

Il sait pertinemment que j’en brûle d’envie, au contraire.

A peine avons nous franchi la grande grille que nous sommes assaillis par une ribambelle de roquets. Je parviens à en caresser quelques uns. Ils sautent dans nos jambes, nous lèchent les mains. Ils ont l’air heureux de voir du monde. J’ai l’impression de distribuer du maïs au milieu d’une basse-cour. Quelques chats curieux pointent le bout de leur frimousse. Il y en a de toutes les sortes. Des petits, des gros, des noirs, des gris, des tigrés… Ils nous considèrent avec des yeux aussi ronds que des soucoupes. Comme si nous avions des tronches d’extraterrestres.

Nous entrons sur un espace goudronné bordé d’un terrain herbeux. A dix pas de l’entrée, deux grosses niches en bois. La première est vide. La seconde abrite un vieux berger allemand qui n’a pas franchement le sourire. A gauche, une bâtisse blanchie à la chaux, des dépendances et, en enfilade, une série de box où se déchaînent des toutous de toutes races.

Une femme se campe sur le pas de la porte, les jambes écartées. Il ne lui manque que les deux revolvers à la ceinture. Avec ses cheveux courts lissés, sa parka matelassée, son pantalon de velours côtelé et ses bottes crottées, elle a tout d’un mec.

- Simon Quintin, lieutenant de police, se présente mon père.

- Myriam Gatinet, responsable du refuge. C’est moi qui ai téléphoné au commissariat.

Sa voix est aussi fluette que celle de Sylvester Stalone. Au moment de nous faire entrer, elle me considère, étonnée.

- Jérémy, mon fils, explique Timon. Je venais d’aller le chercher au collège lorsque j’ai reçu le message-radio.

Myriam Gatinet me sourit. Elle a l’air sympa, finalement.

Un néon souffreteux éclaire chichement toutes les richesses du local d’accueil : deux bureaux bout à bout, une table en angle droit, une armoire métallique et plusieurs chaises disparates squattées par quelques matous. L’ensemble est bancal, déglingué. Les murs sont recouverts d’affiches défraîchies. Sur le carrelage : deux ou trois paniers à chien où roupillent ceux qui sont trop vieux pour supporter le froid du dehors. Et puis, sur une table de télé désaffectée, une cage grillagée dans laquelle se blottissent des amours de chatons.

- Voilà, commence Myriam Gatinet, ça fait la troisième fois en un mois qu’on nous vole des chiens la nuit. D’abord un bobtail et un cocker, ensuite un braque allemand et un jeune malinois, et là : un beagle et un basset.

J’ai beau faire mumuse en gratouillant la cage des chatons, je n’en perds pas moins le fil de la conversation.

- C’est toujours le même scénario, continue Myriam Gatinet; ils coupent le cadenas du portail et ils se servent dans les box. Pourtant, nous avons Manix.

Elle montre du doigt :

- Voyez ? C’est le gros berger allemand qui est à la niche, là-bas. Quand nous partons, nous le laissons libre à l’intérieur du refuge et je vous garantie qu’il n’est pas facile.

- Il faut croire que vos voleurs parviennent à l’amadouer.

- Je me demande bien comment !

Venue de la pièce voisine, une petite blonde aux cheveux mi-longs apparaît. Son visage d’enfant est encadré de boucles dorées qui tombent en cascade. Sûr qu’elle n’a pas plus de quinze ans, cette nana. En tout cas, elle a de ces yeux que j’en oublie les chatons dans leur cage.

- Voici Jeannie ! déclare Myriam Gatinet. C’est la plus jeune de nos bénévoles.

Nous répondons au sourire timide de l’arrivante.

Mon père revient à ses moutons. Ou plutôt à ses chiens.

- Vous avez des soupçons ? demande t-il à Myriam Gatinet.

- Aucun.

Elle réfléchit avant de reprendre :

- On peut avoir affaire à des trafiquants.

Devant le regard incrédule de mon père, elle poursuit :

- Savez-vous que cinquante mille chiens et chats sont volés chaque année en France et que soixante pour cent d’entre eux sont destinés aux expériences dans les laboratoires ?

J’en reste baba. Timon aussi. Elle mesure son effet avant d’enchaîner :

- Bizarrement, les chiens qui nous ont été volés font parties des catégories les plus recherchées par les labos.

Mon père reste songeur.

- Vous êtes nombreux, ici ? demande t-il enfin.

- Hélas, non. Un homme d’entretien : Robert Guitton et quelques bénévoles assidus comme Jeannie ou Franck Malandain qui prépare la pâtée des chiens dans la cuisine.

Le lieutenant Quintin prend des notes, examine le cadenas cisaillé que lui montre la responsable des lieux, puis demande à voir les box.

Myriam Gatinet joue les guides. Mon père règle son

pas sur le sien. Jeannie et moi suivons machinalement. Nous passons en revue la rangée de cages dans un tonnerre d’aboiements et de hurlements. Il y a deux ou trois chiens par box. Des huskys, des bergers allemands, des boxers, des épagneuls, croisés ou non. Et puis quelques bâtards moyens. Je m’arrête à toutes les grilles, hasarde ma main devant chacune des truffes humides.

Parfois, Jeannie m’en dissuade.

” Attention à celui-là, il n’est pas facile ! “.

C’est plus fort que moi. J’ai envie de les caresser tous.

Myriam Gatinet désigne les box où les vols ont été commis. Mon père jette un coup d’œil. Il n’y a rien à constater. Sinon que les pauvres toutous disparus ont déjà été remplacés par d’autres malheureux.

- Tous les jours, nous avons de nouveaux arrivants, explique la responsable du refuge d’un air contrit, et nous n’avons plus assez de place.

Mon père la raccompagne au bureau. Je reste avec Jeannie.

- Tu veux faire le tour du chenil ? me demande t-elle.

Je la regarde, étonné. Je pensais naïvement que le refuge s’arrêtait là.

- J’aimerais bien, dis-je, l’air un peu gauche.

Jeannie m’entraîne, pousse un portail donnant accès à une grande cour délimitée par deux longues rangées de box. Je n’en crois ni mes yeux, ni mes oreilles. Un nouveau concert d’aboiements nous perce les tympans. Je reprends la visite, m’attarde encore devant chaque grille. Jeannie commente.

- Lui, c’est Troglo, un briard qui a été abandonné sur une route. Elle, c’est Léa, une femelle labrador qui était battue par son maître. Là, c’est Lucky, un jeune malinois retrouvé attaché à un arbre au milieu de la forêt. Ah ! Voilà mon copain Alban !

Je reste en admiration. Alban est un superbe berger allemand, noir et feu. Assis, bien campé sur ses pattes avant, les oreilles droites, il m’observe curieusement.

- Il ne te connaît pas, explique Jeannie. Je vais te présenter. C’est quoi, ton prénom ?

- Moi, c’est Jérémy.

Elle s’adresse à Alban.

- Je te présente Jérémy.

J’approche prudemment ma main. Alban me lèche les

doigts. Je caresse longuement sa bonne grosse tête. Un

berger allemand, mon rêve.

- Quel âge a t-il ?

- A peine deux ans. Son maître était un vieux monsieur. Lorsqu’il est mort, ses héritiers n’ont pas voulu garder le chien; alors, ils l’ont amené ici. Gentil comme il est, il sera vite adopté.

Adopté ? A l’idée que ce ne soit pas par moi, j’en ai un pincement au cœur.

Jeannie me tire de grille en grille et, derrière chacune d’elles, je découvre d’autres malheureux encagés. Le dernier box atteint, je ne peux m’empêcher de retourner jusqu’à celui d’Alban. Le berger allemand jappe en me voyant revenir. J’en éprouve déjà de la fierté.

- T’as vu ? Il a l’air de bien m’aimer.

Une question me brûle les lèvres :

- Dis-moi, Jeannie, comment devient-on bénévole comme toi ?

- Il suffit de demander à Myriam, la responsable. Tu viens ? Nous allons rejoindre le bureau en passant par la cuisine.

Je la suis à regret.

Nous pénétrons dans une pièce encombrée de vieux congélateurs, de gamelles, de bassines pleines de pain sec. Deux hommes font la tambouille pour les chiens.

- Robert et Franck ! annonce mon guide.

Robert est un petit nabot sans âge avec une figure en proue et des yeux de chats. Jeannie me chuchote à l’oreille qu’elle le surnomme Grosbert. Quand à Franck, il est aussi grand que maigre. Son pif démesuré lui donne l’air d’un abruti frisant la quarantaine attardée.

- Et voici Jérémy ! chantonne Jeannie

Un clin d’œil, elle ajoute :

- Peut-être un nouveau bénévole !

Je jubile. Jeannie a demandé à Myriam Gatinet si je pouvais le devenir bénévole. La responsable du refuge a accepté avec enthousiasme. Je pourrai venir deux fois par semaine, le mercredi et le samedi. Devant le fait accompli, mon père n’a pas eu le temps de dire ouf.

Sur le chemin du retour, je le tarabuste.

- Tu verrais comme il est beau !

- Qui ça ?

- Ben, Alban !

- Encore ! Tu me saoules avec ton Alban !

Je me renfrogne mais je n’ai pas dit mon dernier mot.

- Et si je décroche mon brevet ?

- Je croyais que tu voulais un scooter !

- J’aimerais bien un chien aussi.

&

Chapitre 2

- Le paquet de feuilles à roulées -

L’enquête n’a pas avancé d’un poil. D’un poil, c’est le cas de le dire… Evidemment, les vols de chiens, ça passe après la drogue, les enfants maltraités, les agressions de personnes âgées et beaucoup d’autres choses.

Mon premier mercredi, enfin. Mon V.T.T. à la main je franchis le portail du refuge. Je suis assailli aussitôt.

- Léo ! Viens ici, Léo !

Léo, le jeune fox, saute de plus belle.

- Il veut essayer ton vélo ! s’exclame Jeannie.

Elle m’accueille sur le pas de la porte. Ses cheveux mi-longs encadrent son visage rayonnant.

- Je t’attends pour la promenade des chiens ! lance t-elle.

Dans la cour, nous croisons Robert Guitton, le petit bonhomme aux yeux de chats. Il nous fait un salut militaire et passe son chemin.

- Il aurait aimé s’engager dans l’armée, m’explique Jeannie, mais le fusil aurait été plus grand que lui.

Nous baladons Troglo puis Lucky, puis Gold. Le tour d’Alban arrive, enfin. Le mien aussi puisque Jeannie me laisse tenir sa longe.

- Il t’a vraiment adopté, remarque t- elle.

Je caresse Alban en soupirant.

- C’est moi qui aimerais l’adopter.

Les aboiements du refuge s’éloignent. Jeannie médite.

- Et l’enquête de ton père ? demande t- elle, soudain.

- Au point mort, malheureusement.

Elle hésite.

- Je n’ai pas osé en parler, avance t- elle prudemment, mais le matin où nous avons constaté le vol, j’ai trouvé ça devant le portail.

Elle me tend un petit étui en carton bleu avec l’inscription ZIG-ZAG et le dessin d’une tête de zouave.

- C’est un paquet de feuilles à cigarettes entamé, explique Jeannie. Tu sais, pour faire des roulées. Regarde dedans, on a écrit quelque chose.

J’examine sa découverte. A l’intérieur : des lettres et des chiffres griffonnés au stylo bleu.

Je déchiffre à haute voix :

- TUS 223XTEC. Je me demande à quoi ça peut correspondre.

Jeannie hausse les épaules en signe d’ignorance.

Elle réfléchit avant de remarquer :

- Rien ne prouve que ce truc là ait été perdu par

nos voleurs

- Tu as raison, mais je vais quand même en parler à Tim…, enfin à mon père. On ne sait jamais.

Myriam Gatinet nous regarde entrer dans le bureau.

- Je vois qu’avec Alban, le courant passe plutôt bien, me dit-elle en souriant.

- Et avec Jeannie aussi, ajoute t-elle, canaille.

Je me sens rougir un peu.

De l’autre côté, des bottes raclent le pavé. Clic, clac; clic, clac… Les pas métalliques s’arrêtent. La porte s’entrouvre et le pif interminable de Franck Malandain se glisse dans l’entrebâillement.

- La pâtée des chiens est prête, annonce-t-il, et je veux bien un coup de main pour la distribu­tion.

- C’est parti ! lance Jeannie. Tu viens, Jérémy ? Nous en profiterons pour remettre Alban dans son box.

Robert Guitton apparaît. Il propose de reprendre Sandy en charge. Alban la regarde s’éloigner avec des yeux d’amoureux transi.

Clic, clac; clic, clac. Les talons de Franck martèlent le sol. Nous le suivons en poussant un chariot sur lequel nous trimbalons la tambouille des prisonniers innocents. Les pauvres ne sont pas rancuniers. Ils jappent en reconnaissant l’énorme bassine.

Jeannie a reconduit Alban derrière sa grille. Elle m’a laissé le soin de lui servir sa pitance. J’ai triché un peu en lui octroyant une plus grosse ration. Je m’en suis senti honteux dès la cage suivante.

La tournée s’achève. Clic, clac; clic, clac.

Franck revient vers nous. Il reprend le chariot, démarre en trombe en postillonnant des “broum, broum”.

- Ta ceinture de sécurité ! lui lance Jeannie.

Sans ralentir, Franck Malandain fait le geste de s’attacher dans son bolide imaginaire, disparaît à l’angle du bâtiment. Soudain, un grand bruit de gamelles provoque un tonnerre d’aboiements. Jeannie m’entraîne en courant.

Entre le dernier box de la rangée et l’entrée de la cuisine, le bougre a raté son virage. Le chariot a fauché toutes les poubelles et son pi­lote est allé valdinguer au milieu des restants de nouilles. Sans même nous entendre rire, il se relève aussitôt en chantant : Des pâtes, des pâtes, oui mais des Panzzanis !

Nous regagnons le bureau. Myriam Gatinet est pendue au téléphone et Franck Malandain, qui nous a rejoints, se bat avec deux ou trois spaghettis retrouvés au fond de sa poche. Jeannie accompagne, dans la pièce voisine, une vieille dame qui se présente pour adopter un chat. J’en profite pour jeter un coup d’œil sur les affiches défraîchis qui tapissent les murs. Toutes correspondent à des campagnes anti-fourrure, contre l’abandon des animaux… Sur l’une d’elles, un bébé renard nous regarde éploré en disant : Ta maman a t-elle un manteau de fourrure ? Ma maman a perdu le sien. Sur une autre, je lis : Et maintenant sans toi que vais-je devenir ? J’étais pourtant ton meilleur ami, ton gardien, ton compagnon de jeux, le confident muet de tes peines, et tu me rejettes parce que Toi, tu vas en vacances !!! Tu n’as pas honte, dis !

Il y aussi des affiches contre les laboratoires qui pratiquent des expériences sur les animaux, des photographies de chiens martyrs, de chiens-cobayes que l’on mutile vivants. C’est l’horreur.

J’entends encore les paroles de Myriam Gatinet : Soixante pour cent de ceux qui sont volés… J’en ai des frissons.

J’apprends également qu’on vend des chiots au kilo, qu’on organise, pour le spectacle et pour les paris, des combats de bulldogs ou de pit-bulls, qu’on jette des rongeurs en pâture à des ratiers, la récompense allant au chien le plus rapide pour tuer ses proies.

Les êtres humains me répugnent de plus en plus.

Je me sens épié, tout à coup. En levant les yeux, je surprends le regard furtif de Robert Guitton qui rafistole une niche de l’autre côté de la fenêtre.

La vieille dame a choisi un petit minou tigré. Elle en est déjà gaga. Myriam Gatinet raccroche. Elle ouvre son cahier, inscrit l’adoption.

- Vous allez faire un heureux, observe t-elle. J’en suis sûre.

La brave femme sourit en caressant son nouveau compagnon.

- Et lui, une heureuse.

- C’est le jour ! s’exclame la responsable du refuge.

Elle poursuit en s’adressant à Jeannie :

- Tu sais, la dame qui avait perdu son Albert, un Teckel noir et feu ?

- Celle qui nous appelait tous les jours ?

- Oui, et qui promettait une grosse récompense… Eh bien, figure-toi que son fugueur de toutou lui a été ramené ce matin. Elle m’a téléphoné aussitôt, tellement elle était heureuse. Comme quoi, il y a des jours…

Je ne parviens pas à m’endormir. Le brevet est bien loin derrière les clichés qui défilent dans ma tête. Jeannie, Myriam Gatinet, le gros Robert, Franck le loufoque avec ses godasses qui font clic, clac, clic, clac. Et puis Alban. Je pense à tous les pauvres toutous enfermés, là-bas, dans la nuit froide. Je pense aussi à ceux qui ont été volés.

Ce soir, j’ai montré à mon père la découverte de Jeannie. Il a examiné le paquet de feuilles à roulées d’un air sceptique. Il a eu beau répéter en litanie la série de chiffres et de lettres inscrite au stylo bleu…

- Ca ne nous donne pas grand-chose, a t-il capitulé.

Je ne m’attendais pas à un miracle mais je suis monté dans ma chambre, un peu déçu quand même.

Je me tourne et me retourne dans mon lit. Je m’y accroche, moi, à cet indice. Peut-être parce que c’est le seul que nous avons. Mon père m’a expliqué que pour les empreintes, c’était râpé. Sur du carton ayant séjourné dehors… Et puis Jeannie l’a empoché, tripoté. Moi aussi, d’ailleurs. En tout cas, personne ne fume de roulées au refuge. Franck grille des gitanes maïs, Robert : des gauloises blondes et Myriam Gatinet : des Marlboro. Le paquet de feuilles à cigarettes vient donc bien de l’extérieur.

TUS 223XTEC. Je me creuse la cervelle, inverse les lettres, les chiffres… L’inscription garde son secret. Tout à l’heure, j’ai même ouvert le dictionnaire pour passer en revue les noms commençant par TUS. L’opération a été vite bâclée. Les mots en TUS se comptent sur les doigts d’une main et n’ont aucun rapport, j’en suis sûr, avec ce que j’essaie de découvrir. Quant à XTEC… A moins d’un dico grec ou bulgare…

L’heure avance et, dans mon demi-sommeil, se projettent, comme sur un écran, les visages patibulaires des voleurs de chiens. Je me vois les surprendre, les enfermer dans un box et les placer sous la garde d’Alban, de Manix, de Sandy et de tous les gros gabarits du chenil.

Manix… Les paroles de Myriam Gatinet me reviennent à l’esprit : Quand nous partons, nous le laissons libre à l’intérieur du refuge et je vous garantie qu’il n’est pas facile.

Il est vrai que le vieux berger allemand à tout d’un fauve. Lui en liberté, je suis certain qu’un étranger ne pourrait franchir l’enclos sans se faire dévorer. Alors ? Mystère et boule de gomme. Timon a beau me dire que les voleurs de chiens ont des méthodes très efficaces pour maîtriser les molosses…

Minuit. Je suis en nage sous ma couette. Au lieu de compter les moutons, je passe mentalement en revue toutes les bonnes têtes implorantes du chenil.

Troglo, Lucky, Gold, Glana, Léa, Wolf, Mozart, Baltazar, Grofilou, Rita, Cabochard, Dartagnan, Fragonard, Léo… Sandy, évidemment. Et puis Alban…

Alban qui n’est plus dans son box. Je le cherche partout. Je manque trébucher sur Manix. Le vieux loup est allongé au beau milieu de la cour, inerte, endormi, assommé par un puissant somnifère.

On a volé Alban !

Mon cri me réveille en sursaut. J’avais fini par m’abîmer dans un sommeil cahoteux que ce maudit cauchemar m’empêche de regretter…

&

Chapitre 3

- Le morceau de fer usé -

Samedi, enfin. Je débarque à la S.P.A. vers dix heures. Dans le bureau, c’est l’ébullition. Myriam Gatinet marche de long en large, les poings au fond de ses poches et les pieds au fond de ses bottes. Elle peste entre ses dents sous le regard désolé de Jeannie et de Robert Guitton. Je reste planté là, l’air idiot. La responsable du refuge découvre ma présence.

- On a encore volé deux chiens ! me lance t-elle comme si j’y étais pour quelque chose.

Mon cauchemar me revient aussitôt. Alban…

Je dois tirer une tête longue comme le bras car Myriam Gatinet me sourit en soupirant.

- J’ai rappelé ton père au commissariat. Il faut que je dépose une nouvelle plainte.

J’interroge Jeannie du regard.

- Cette fois, ils ont pris les deux croisés du box 9, dit-elle.

J’ai de la peine pour eux mais je respire. Mon Alban est toujours là.

Myriam Gatinet s’installe à son bureau. On dirait une institutrice devant ses élèves.

- Robert, tu vas prendre la fourgonnette et faire la tournée des boulangeries. Nous allons manquer de pain dur pour les chiens.

La face lunaire de Robert Guitton s’éclaire. Dans certains fournils, il a droit à sa petite pâtisserie. Je le sais. Jeannie me l’a dit.

Nous restons à trois. Franck Malandain est absent. En tant que bénévole, il ne vient, comme Jeannie et moi, que les mercredis et samedis. Toutefois, le samedi matin, il donne souvent un coup de main dans une ferme. C’est ce que j’ai cru comprendre

Jeannie et moi, nous nous occupons des chats. Vers onze heures, Myriam Gatinet enregistre une entrée. Un bâtard plein de puces qui rôdait autour d’un poulailler.

- On va le mettre à la place des deux pauvres chiens qui ont été volés cette nuit, décide la responsable du refuge. Le box ne doit pas être sale puisque Robert l’a nettoyé hier.

Je me suis proposé pour conduire le petit nouveau jusqu’à sa cage. En ouvrant la grille numéro 9, j’ai eu la furtive impression d’être devenu gardien de prison. Je suis entré dans le box avec le brave toutou, histoire de le rassurer.

Je le caresse longuement avant de me résoudre à le laisser. Je reviendrai dès que possible. Promis. Je sors et repousse la grille. Quelque chose bloque. J’insiste. Rien à faire. Je me glisse à nouveau dans le box et ramasse, sur le ciment, un petit morceau de fer qui faisait obstacle.

On m’appelle. J’empoche machinalement le bout de métal usé et m’empresse de sortir.

- Tu viens ? me lance Jeannie, il faut donner à manger aux chiens.

Nous empruntons le chariot-bolide de Franck Malandain pour la distribution. Alban dresse les oreilles. Il sait que je vais bien le servir.

Les quatre vingt quadrupèdes du chenil ont tous le museau dans leur gamelle quand nous regagnons le bureau de Myriam Gatinet. Une sexagénaire coiffée d’un bonnet rose-bonbon lui tient le crachoir. Elle serre, dans ses bras, un chien long comme un boudin. L’histoire de la vieille dame qui pleurait son Teckel disparu me revient aussitôt.

- Je me demande comment il a pu s’échapper, mon Albert, dit-elle. Dieu bénisse ce brave homme qui me l’a rapporté. Il méritait bien la récompense promise.

Elle chatouille le cou de son fugueur.

- Pas vrai, mon Titi ?

Albert lève un regard implorant. Jeannie a envie de rire. Elle s’éclipse dans la pièce voisine. Je la suis comme son ombre. Nous taquinons des chatons derrière leur grille.

- Ils sont mignons, hein ?

- Surtout le petit tigré, là.

Jeannie ouvre la cage, attrape le bébé-chat, me le colle dans les bras.

- Alors ? m’interroge t-elle, tout à coup, as-tu parlé de ma découverte à ton père ?

- Evidemment, que je lui en ai parlé. Il l’a même examiné, ce fichu paquet de feuilles à cigarettes.

Je marque un temps avant de décevoir Jeannie.

- Pour les empreintes, c’est râpé. Quant à l’inscription, le mystère reste entier.

Jeannie prend un air dépité.

- C’est rageant, marmonne t-elle, songeuse. Je suis persuadée que ce paquet de feuilles a été perdu par l’un des voleurs.

Le chaton que je tiens dans les bras s’agrippe à mes vêtements. Je le repose parmi les autres.

- Tu m’aides ? reprend Jeannie. Il faut changer les litières.

La tâche n’est guère ragoûtante mais qu’importe, je suis heureux de me sentir utile à quelque chose.

Midi moins le quart. Robert Guitton revient, la fourgonnette chargée de sacs de pain, le pain invendu offert par quelques boulangers charitables.

Je file caresser Alban avant de grimper sur mon vélo. A regret. Je sais que Jeannie et Robert Guiton vont piqueniquer sur place.

- J’ai deux sandwichs, avance Jeannie…

C’est à contrecœur que je décline l’invitation.

- La prochaine fois, je m’arrangerai, promis !

Après le déjeuner, j’ai enfourché mon vélo et pédalé fort jusqu’à l’orphelinat des animaux. J’ai retrouvé tous les autres dans le bureau. Le refuge du refuge.

- Café ou chocolat chaud ? m’a demandé Myriam Gatinet.

J’ai opté pour le chocolat. Eau bouillante sur poudre de cacao. Les moyens du bord.

Je repose ma tasse ébréchée à côté de celle de Franck Malandain qui est revenu avec son pif au vent et sa bouille d’ahuri. Moi, je l’ai surnommé Fend la Bise. Il écoute, d’un air timoré, Myriam Gatinet qui rouscaille.

- Il va encore falloir remplacer le cadenas du portail ! Quand je pense que Manix ne leur fait même pas peur !

La sonnerie du téléphone lui coupe la chique.

Myriam Gatinet décroche, cherche un stylo, prend note.

- Caniche abricot tatoué DAS 420. Je vais interroger la Centrale Canine et je vous rappelle.

Une personne qui a récupéré un chien perdu, explique la responsable du refuge. Avec le tatouage on va pouvoir identifier son propriétaire.

Tandis que Myriam Gatinet tapote sur son ordinateur, je décortique mentalement le numéro qu’elle vient d’énoncer. D.A.S. 4.2.0.

D.A.S…. T.U.S….. Cette inscription sur le paquet de feuilles à cigarettes…

- Ça y est, je l’ai ! s’exclame Myriam Gatinet. DAS 420 : caniche femelle abricot. Elle s’appelle Cannelle et ses maîtres habitent…

Je n’écoute plus.

- Tu viens ? me fait sursauter Jeannie. Je crois que les chiens ont soif.

Je calle un arrosoir sous le robinet extérieur, laisse couler l’eau.

- Jeannie, j’ai peut-être trouvé à quoi correspond l’inscription sur le paquet de ZIG-ZAG.

Elle me regarde, les yeux en points d’interrogation. J’enchaîne :

- C’est le coup de fil de tout à l’heure qui m’a fait tilt. Ce tatouage : D.A.S 420.

- Et alors ?

- Et alors ? Notre inscription à nous commence par T.U.S. 223. Tu ne trouves pas qu’il y a une similitude ?

Jeannie hausse les sourcils.

- Oui, mais après, c’est écrit : XTEC

Nous méditons en silence. L’arrosoir déborde. Je tourne le robinet.

- Si nous en parlions aux autres, suggère Jeannie.

Je me montre réticent sans savoir pourquoi.

- Juste à Myriam, alors.

Nous traversons la cour. L’eau clapote dans l’arrosoir. Je ramasse deux ou trois paquets de flotte sur mes baskets. Cela amuse Jeannie… Pas moi. Nous devons faire plusieurs voyages pour remplir toutes les gamelles. J’en profite à chaque fois pour caresser Alban. A l’angle du dernier box, nous apercevons Franck Malandain qui se dirige vers le portail, une caisse à outils à la main.

Clic, clic, clic… Il s’arrête, réfléchit, repart. Clic, clic, clic… C’est drôle, un petit quelque chose me choque dans sa démarche. Je ne sais pas quoi.

- Viens ! J’ai envie de l’embêter un peu, me lance Jeannie.

Je la suis. Fend la Bise est absorbé devant son portail. Il mesure une chaîne, une tige de fer, essaie un autre cadenas. Nous nous approchons à pas de loup.

Jeannie me fait signe de subtiliser la caisse à outils. Je m’apprête à la saisir quand Fend la Bise se retourne brusquement.

- Vu ! s’exclame t-il.

- Vous n’avez pas honte ? plaisante, derrière nous, Robert Guitton.

Ce dernier a mis le tuyau d’arrosage en batterie pour nettoyer les niches.

- Attend, Franck, je vais leur donner une leçon !

Il braque le jet dans notre direction, histoire de nous voir détaler un peu. Un chassé-croisé s’engage autour du serrurier d’occasion. Le pauvre nous sert de paravent… ou plutôt de parapluie. Enfin, je veux dire de bouclier. Soudain, le gros Robert trébuche sur la boîte à outils et voilà que l’infortuné Malandain prend le jet d’eau en pleine poire. Jeannie et moi en profitons pour filer à l’anglaise.

Myriam Gatinet nous regarde entrer en trombe.

- Vous m’avez l’air bien émoustillés, les jeunes !

Jeannie lui raconte les facéties de Robert Guitton et les malheurs de Franck Malandain.

- Ils s’amusent bien, ces deux là, observe malicieusement la responsable du refuge.

Le moment me paraît propice pour lui soumettre notre énigme. Je passe derrière le second bureau, dégote un papier et un stylo, griffonne, de mémoire, ce qui est inscrit dans notre paquet de feuilles à cigarettes.

Myriam Gatinet regarde à deux fois le quart de feuille que je viens de lui tendre.

- Qu’est ce que c’est ? finit-elle par demander.

- Justement, on ne sait pas, répond Jeannie. On

dirait un code. J’ai trouvé ça sur un bout de carton devant le portail.

- Voyons, réfléchit la responsable du refuge, TUS 223 XTEC… En admettant que TUS 223 soit un numéro de tatouage, X peut signifier : croisé et TEC… : Teckel. Croisé Teckel… Vous voulez qu’on interroge la Centrale Canine ?

- Par curiosité, fait Jeannie.

Myriam Gatinet pianote sur son clavier, attend quelques secondes.

- Voilà ! dit-elle enfin. Ca correspond au tatouage d’Albert, le croisé Teckel de la vieille dame qui est venue ce matin. A mon avis, c’est elle qui a perdu le bout de carton que tu as trouvé, Jeannie.

Jeannie et moi échangeons un regard en coulisse. Myriam Gatinet ignore que le bout de carton est un paquet de feuilles à cigarettes découvert bien avant ce matin.

Moi, je me marre sous cape car j’imagine mal la mémé en train de faire des roulées…

&

Chapitre 3

- un Malandain peut en cacher un autre

- Admettons que ce paquet de feuilles ait été perdu par nos lascars, fait mon père, pourquoi y auraient-ils noté le

tatouage de ce brave Albert, le teckel de la vieille dame ?

Nous restons silencieux.

- A moins que… Tu m’as bien dit que la propriétaire du toutou avait passé des annonces promettant une grosse récompense ?

- Oui, je l’ai dit.

- Alors, imaginons qu’après avoir volé Albert dans le jardin de la grand-mère, nos crapules l’aient finalement ramené pour toucher la prime. Une prime sûrement plus intéressante que la revente du teckel à un labo véreux.

J’en reste comme deux ronds de flan.

- Demain, reprend mon père, nous pourrions rendre

visite à cette bonne dame pour recueillir le signalement de celui qui lui a ramené son Albert.

A quelque chose près, je lui sauterais au cou. Je sens que la nuit va être longue. Ce soir, le programme télé ne m’a pas vraiment captivé. J’ai zappé de chaîne en chaîne comme quelqu’un qui marche sans but. Allongé sur mon lit, les mains derrière la nuque, je rêvasse. Je revois Fend la Bise. J’entends ses pas dans la cour du refuge. Clic, clac; clic, clac… Je me redresse d’un bond. Je me creuse la cervelle. Non, je n’ai pas rêvé. Cet après-midi, les pas de Franck Malandain ne faisaient plus Clic, clac; clic, clac mais clic…, clic…, clic... Le bruit boiteux d’une paire de santiags qui a perdu un fer. Et le fer… Je bondis hors du lit, attrape mon jean sur le dossier de la chaise, en fouille les poches. Le morceau de métal usé qui bloquait la porte du box 9 est là, sous mes doigts. Aucun doute, il s’agit bien d’un fer de chaussure. Du moins ce qu’il en reste. Je me vois encore en train d’enfermer le bâtard plein de puces à la place des deux pauvres chiens volés dans la nuit. J’entends les paroles de Myriam Gatinet : “Le box ne doit pas être sale puisque Robert l’a nettoyé hier”. Je réfléchis à cent à l’heure. Si le box 9 a été nettoyé le soir, si les deux chiens y ont été volés dans la nuit et si Franck Malandain était absent du chenil la veille, puisqu’il n’est que bénévole, et le lendemain puisque le samedi matin il ne vient pas… comment son morceau de fer de santiag a t-il pu arriver là ?

J’en tombe littéralement sur le derrière. Mon sommier à lattes émet un craquement sinistre. Malandain…

Bon sang ! Si je m’attendais ! Cela expliquerait pourquoi Manix, le berger allemand qui reste en liberté dans le refuge n’a jamais bronché. Tout colle au poil… C’est le cas de le dire. Le seul hic : Franck Malandain ne fume pas de roulées. Un complice, certainement. On n’emmène pas des chiens, comme ça, aussi facilement.

Je brûle d’en parler à mon père, à Jeannie mais mon radioréveil affiche zéro heure trente en rouge vif. Le rouge de l’interdit. Non, il est trop tard. Je dois être raisonnable. Je me tourne et me retourne comme une saucisse sur le grill. Si j’ouvrais mon bouquin de maths ? J’arriverais peut-être à m’endormir aussi vite qu’en cours…

Voilà, la nuit est passée. J’ai fini par m’endormir sans avoir eu recours aux maths.

A la première heure, je me suis confié à mon père. Il m’a considéré l’air pantois avant d’émettre un sifflement d’admiration.

- Ouah ! Ca c’est de l’enquête, fiston ! Tu as raison,

il faut voir ce que ce Franck Malandain nous cache ! Et pour ça, commençons par le commencement !

Vingt minutes plus tard, je colle aux talons de mon père dans les couloirs du commissariat. Timon m’entraîne dans une salle pleine d’immenses classeurs en métal gris.

- Tu m’as dit Malandain. Franck Malandain.

Il parcourt du bout des doigts des petites fiches verticales, s’arrête.

- Voilà ! J’ai un Franck Malandain demeurant Hameau de Miromesnil. Dossier individuel 60 230.

Timon se dirige vers les classeurs, sort une chemise cartonnée.

- Pas l’air d’avoir grand chose là-dedans. Voyons un peu…

Il feuillette quelques instants.

- Juste un vol d’outillage sur un chantier, il y a trois ans… Ah ! Voici la photo de notre ami.

Je jette un coup d’œil sur le cliché en noir et blanc. Franck Malandain n’a pas changé.

- Avec ça, claironne Timon, nous allons avancer plus vite.

Grâce à ma mère qui garde toujours les journaux pour ses épluchures de légumes, nous avons retrouvé la petite annonce et l’adresse de la vieille dame au Teckel.

Eugénie Caron, c’est le nom qui est inscrit sur la sonnette, nous ouvre, étonnée, fait taire Albert en agitant un torchon.

Timon la rassure :

- Je suis de la police. Et voici mon fils, Jérémy, bénévole à la S.P.A.

Albert renifle nos pantalons. Mon père le caresse doucement.

- Le toutou qui avait disparu, je suppose.

La dame prend confiance.

- Nous enquêtons précisément sur des vols de chiens, enchaîne Timon.

- Mais, mon Albert n’a pas été volé puisqu’on me l’a ramené. Un monsieur très gentil.

- Pouvez-vous nous le décrire ?

Eugénie Caron nous regarde, interloquée.

- Un type plutôt carré avec des épaules de déménageur, une moustache et des yeux bleus.

- Une moustache et des yeux bleus ? Vous êtes sûre ?

- Absolument sûre.

Carré, moustache, yeux bleus. Rien ne correspond à Franck Malandain. Je suis déçu et soulagé à la fois. Déçu car mes déductions tombent à l’eau et soulagé parce que je l’aime bien Fend la Bise.

Mon père a sorti sa photo, sans conviction.

- Avez-vous déjà vu cet homme ?

La vieille dame rajuste ses lunettes, examine le cliché, regarde de plus près.

- Non, mais il est vrai qu’il y a une ressemblance.

- Une ressemblance avec qui ?

- Ben, avec celui qui m’a ramené mon Albert.

Timon a la même idée que moi. La septuagénaire commence à battre la campagne. Mon père n’insiste pas. Il me ramène en coup de vent. Il a l’air navré pour moi.

- Tu vois, me dit-il au moment où je descends de la voiture, dans les enquêtes, on croit toucher au but et vlan, tout s’effondre en quelques secondes.

J’ai refermé la portière d’un geste lent.

Tout s’effondre, tout s’effondre… Et si le moustachu aux yeux bleus était le complice de Fend la Bise ? C’est vrai, ça !

Je me retourne. Trop tard. Timon a démarré, le combiné radio sur l’oreille. On a dû l’appeler sur une autre affaire.

Ma mère me regarde entrer comme un zombi. Je lui raconte l’histoire d’un trait. Elle n’en est pas encore revenue que je suis déjà au téléphone en train d’appeler Jeannie. Je sais qu’elle s’appelle Chancerel et qu’elle habite Chemin du Golfe. Avec ça, je n’ai eu aucun mal à trouver son numéro dans l’annuaire. Par chance, c’est elle qui décroche. Je lui déballe tout tellement vite que je dois répéter plusieurs fois mes explications. J’ajoute enfin :

- Jeannie, que dirais-tu d’une petite balade à vélos, cet après-midi ?

Un long silence. Jeannie doit se demander si c’est du lard ou du cochon. J’enchaîne :

- Franck habite au hameau de Miromesnil. Nous

pourrions aller jeter un coup d’œil du côté de chez lui. Qu’en penses-tu ?

Jeannie a accepté et nous nous sommes retrouvés après le déjeuner, comme convenu. Ma mère a bien tenté de me dissuader mais j’ai fini par la convaincre.

” C’est juste pour repérer l’endroit “, l’ai-je rassurée.

Le Hameau de Miromesnil, enfin. Douze kilomètres à pédaler dans la campagne. Jeannie est écarlate. Elle met pied à terre.

- Dans les balades à vélo, je n’aime que les descentes, halète t- elle. Et maintenant ?

- Et maintenant ?

- Maintenant, il faut chercher où habite Franck Malandain.

Je demande à un bonhomme qui rentre du bois.

- Les Malandain, ils sont en bordure du chemin qui monte, là-bas.

Pourquoi a t-il dit : “ Les Malandain ” ? Qu’importe. Quelques coups de pédales jusqu’au pied du raidillon; la vieille bâtisse est là, plus haut, à gauche, plantée dans le bocage. Nous abandonnons nos bécanes pour longer, en marchant sur des œufs, la haie sauvage abritant l’ancien corps de ferme. Une barrière vermoulue nous laisse entrevoir, une cour en friche, l’habitation et les dépendances délabrées. Soudain, un tonnerre d’aboiements éclate. Un molosse a surgi en tirant rageusement sur sa chaîne. Jeannie a reculé si brusquement qu’elle m’a écrasé l’orteil droit.

- Un doberman ! m’annonce t-elle en m’entraînant un peu plus haut dans le chemin.

Le monstre finit par se calmer. Nous restons un moment, indécis, aux aguets. Tout à coup, Jeannie s’accroche à mon bras.

- T’entends ? me chuchote t-elle.

Je me fige. Des aboiements faibles, étouffés, à peine audibles… Comme s’ils venaient de très loin. J’interroge Jeannie du regard puis j’escalade le talus, là où j’ai repéré une brèche dans la frondaison. Je m’agrippe à quelques branches moles, m’immobilise en équilibre instable pour avoir une vue d’ensemble sur l’ancienne ferme désaffectée. L’endroit n’est guère paradisiaque. Des murs délabrés, des touffes d’orties dans les coins, des tas de ferraille un peu partout, des carcasses de bagnoles envahies par les herbes… Je tends l’oreille. Les plaintes viennent du fond, là-bas. Elles filtrent d’un vieux bâtiment rongé par le lichen. Je m’apprête à abandonner mon observatoire lorsqu’une silhouette apparaît au milieu de la cour. Cette silhouette, je la reconnais. C’est celle de Franck Malandain. Il fait deux ou trois pas. Je l’entends parler sans discerner ce qu’il dit. Sorti de je ne sais où, un type le rejoint. Je le vois s’avancer, face à moi. Bon sang ! C’est un costaud à moustache avec le même pif que celui de Fend la Bise… Une image me traverse l’esprit, celle de la vieille dame au Teckel devant la photo de Franck Malandain. Cette ressemblance… Elle n’était pas si gâteuse que ça, la maîtresse d’Albert. Mon cœur bat la chamade. Je saute dans le chemin pour tout raconter à Jeannie qui brûle d’impatience.

- Tu crois que nos chiens volés sont là ? me demande t-elle, enfin.

- Nous allons bientôt le savoir. Tu viens ?

Jeannie colle à mes talons un peu malgré elle. Nous suivons la haie qui file brusquement à gauche, le long des labours. A chacun de nos pas, nous nous enfonçons dans la terre meuble. Quinze, vingt mètres, et nous voilà dans le dos du fameux bâtiment qui émerge des feuillages. Les aboiements pitoyables sont devenus très distincts. Cette fois, c’est Jeannie qui attaque le talus en bravant ronces et orties.

- Il faut aller voir ! Je suis sûr qu’il y a des pauvres malheureux, là-dedans !

Egratignés, le cœur battant, nous nous retrouvons de l’autre côté de la haie, plaqués contre le mur du bâtiment. Je m’aventure jusqu’à l’angle, jette un coup d’œil. Plus personne dans la cour. Je fais signe à Jeannie qui rapplique sur la pointe des pieds. Je me penche à son oreille.

- La porte est là, sur le devant. Dépêchons-nous!

Comme deux indiens sur le sentier de la guerre, nous atteignons le panneau de bois fermé par un simple loquet. En deux temps, trois mouvements, nous sommes à l’intérieur. Nous restons paralysés dans la pénombre, assaillis par un déluge d’aboiements souffreteux… Jeannie se serre contre moi, le temps que nos yeux s’adaptent à l’obscurité. Le spectacle que nous découvrons alors nous stupéfie. Alignés au mur, sept ou huit chiens attachés court tiraillent pitoyablement au bout de leur chaîne. Il y en a des gros, des moyens… Tous ont l’air amorphe, hagard. Ils piétinent leurs excréments sur le sol humide du grand bâtiment à l’intérieur duquel de vieux engins agricoles sont tombés dans l’oubli.

- Là-bas ! s’exclame Jeannie. Ce sont les deux malheureux qui ont été volés l’autre nuit au refuge.

Elle s’avance, distribue des caresses au hasard.

- Regarde, on dirait qu’ils sont drogués.

Elle se retourne, désarmée.

- Qu’allons-nous faire ? demande t-elle, une fêlure dans la voix.

La question, je me la suis déjà posée.

- D’abord, filons d’ici. Ensuite, prévenons mon père au plus vite.

A peine ai-je prononcé ces mots que le loquet de la porte claque dans notre dos, comme la culasse d’un fusil. Mon cœur a bondi. Moi aussi… en précipitant Jeannie derrière une charrette déglinguée. Un vrai plaquage de rugby. Il était temps. Deux silhouettes se découpent dans l’ouverture du panneau de bois. Franck Malandain et son acolyte. Ils ont l’air de discuter fermement.

Le grondement des chiens couvrent leur voix.

- Vos gueules ! explose le second type en distribuant une volée de coups de savate.

- Je t’interdis ! s’interpose Franck Malandain en se rapprochant de notre carriole.

La brute le rembarre :

- Toi, écrase et contente-toi de faire ce que je te demande !

- Justement ! J’en ai assez de tout ça ! Moi, ces pauvres bêtes, je ne peux plus… Comprends-moi, Alex…

L’autre éclate de rire.

- Arrête, je vais chialer !

Il se retourne, agressif, empoigne Franck Malandain au collet.

- Tes scrupules, j’en ai rien à foutre ! Tu as beau être mon frangin, moi, c’est le fric qui compte et si tu ne marches pas avec moi, je te dérouille comme la dernière fois, t’as compris ?

Tapis dans la pénombre, nous ne bronchons pas. Jeannie me serre très fort le bras. Nous gambergeons en silence. Ainsi donc, cet ignoble inconnu n’est autre que le frère tyrannique de notre pitoyable Franck Malandain.

Jeannie me donne un coup de coude. Je pige aussitôt. Alex Malandain a sorti du tabac et un paquet de feuilles à rouler. Sûrement le même que celui qu’il a perdu devant la S.P.A.

- Il faut que j’emmène tout ça au labo, dit-il en montrant les chiens. Huit clebs à cent cinquante euros la bête… Tu vas m’aider à les faire monter dans la fourgonnette.

Franck Malandain ne répond pas. Son aîné tire sur sa roulée puis éclate encore d’un rire gras.

- Quand je pense au Teckel que j’ai ramené à la vieille…

Il crache un morceau de tabac, poursuit :

- C’était plus intéressant que de le vendre au labo… Et puis, maintenant que j’ai eu la récompense je vais repiquer le clébard…

- Le salaud ! ne peut s’empêcher de chuchoter Jeannie.

Elle s’appuie sur la charrette qui bascule bruyamment… Nous restons pétrifiés. Alex Malandain a déjà bondi pour nous empoigner chacun par une épaule.

- Qu’est ce que vous fichez là ? hurle t-il.

Franck Malandain n’a pas bronché. Il nous regarde, les yeux exorbités.

- Vous ? chevrote t-il.

- Tu connais ces petites crapules ? enrage son frère.

Fend la Bise est aussi tremblant que nous.

- Un peu… Enfin, je les ai déjà vus, bafouille t-il.

Alex Malandain nous secoue.

- Je vous conseille de me dire pourquoi vous êtes entrés ici. Et vite ! Sinon…

Je soutiens son regard.

- Sinon, vous allez appeler les gendarmes, peut-être ?

Alex Malandain durcit son étreinte.

- Je vais vous montrez, moi, si j’ai besoin des gendarmes !

Il se tourne vers son frère.

- Et toi, imbécile ! Rends-toi utile ! Trouve-moi de la corde !

- T’es dingue, Alex ! s’insurge Fend la Bise. Ce sont des gamins.

- Justement, il faut leur apprendre les bonnes manières ! Alors, ça vient ?

Fend la Bise disparaît. Un long moment s’écoule. Alex Malandain s’impatiente.

- Quel bon à rien, bougonne t-il, la haine dans les yeux.

Franck Malandain rapplique, une corde à vache sur l’épaule.

- T’en as mis un temps ! explose son frère. Vite, attache-les ! Après tu m’aideras à faire grimper les clebs dans la camionnette ! Dans une heure, on aura notre fric !

- Ça m’étonnerait ! lance une voix que je reconnais aussitôt.

Flanqué de trois de ses collègues, le lieutenant Quintin vient de faire irruption.

Les Malandain restent figés, comme dans un arrêt sur image. Une fraction de seconde et Alex Malandain s’empare brusquement d’une fourche qu’il pointe sous le nez des policiers.

- Inutile de résister ! tonne mon père. Nous savons tout de vos activités. Nous savons que, depuis plusieurs mois, vous volez des chiens pour les vendre au laboratoire peu scrupuleux qui vous emploie.

Je regarde Jeannie, interloqué.

- Allez, lâchez ça ! ordonne mon père.

L’autre n’obtempère pas. Au contraire, il devient de plus en plus menaçant.

Soudain, une corde s’abat sur le manche de la fourche, s’enroule autour comme la lanière d’un fouet, arrache l’outil des mains du récalcitrant. Nous n’en croyons pas nos yeux. Celui qui tient le bout de la corde n’est autre que Franck Malandain. Les policiers en ont profité pour bondir sur le réfractaire et le maîtriser d’une clé au bras.

Les menottes se sont refermées sur les poignets des deux frères. Quelques secondes plus tard, nous sommes libres. Mon père toise ses prisonniers.

- Vols, trafic de chiens, mauvais traitements à animaux domestiques et, maintenant, séquestration de mineurs… Vous n’êtes pas sortis de l’auberge, mes gaillards !

Le fourgon de police qui emmène les frères Malandain s’arrête dans le chemin pour embarquer nos vélos. Jeannie et moi grimpons dans la voiture de mon père. Il a

laissé le gyrophare sur le toit. Je jette un coup d’œil vaniteux du côté de Jeannie avant de capter le regard furax de mon paternel dans le rétroviseur.

- J’espère que tu as pris conscience de ce qui aurait pu se passer !

Je ne moufte pas. Pourtant, une question me brûle les lèvres : comment mon père est-il arrivé là juste à temps ?

La réponse, il me la donne dans le flot de ses reproches :

- Heureusement que j’ai continué à fouiner dans les archives et que j’ai dégoté l’existence du frère de Franck Malandain. Quand j’ai parcouru la liste de ses antécédents judiciaires et que j’ai vu qu’il était homme d’entretien dans un laboratoire, j’ai compris. J’ai appelé à la maison pour t’apprendre la nouvelle et c’est là que ta mère m’a dit où tu étais parti.

Je pige. Jeannie n’en mène pas large. Je la rassure d’un clin d’œil et j’ai alors droit au plus radieux des sourires.

&

Alban marche au pied, docilement. Je suis plus fier encore que dans la bagnole de mon père. Nous nous baladons autour du refuge. Jeannie trébuche. Je lui attrape la main.

Nous gardons le silence. Un silence de trouble, de complicité. Je suis heureux mais mon bonheur ne m’empêche pas de penser à toute cette affaire. Mon père m’a raconté : Alex Malandain est en prison. Les policiers ont découvert une soixantaine de malheureux dans les chenils du laboratoire où il était chargé de l’entretien. Soixante innocents condamnés à subir des expériences fatales plus cruelles les unes que les autres. Parmi ces rescapés, le refuge du Vallon a retrouvé cinq de ses disparus.

Franck Malandain, lui, a été laissé libre. Faible d’esprit, le pauvre bougre était terrorisé par son frère qui se servait de lui. Clic, clac; clic, clac. Fend la Bise ne mettra plus jamais les pieds au refuge et j’en suis plutôt triste.

La balade s’achève. Je relâche à regret la main de Jeannie que j’avais gardée dans la mienne. Alban me regarde avec les yeux d’un cocker pris en faute. Je le caresse encore un moment avant de l’enfermer dans son box. Je lui chuchote à l’oreille :

- Tu sais, Alban, j’ai parlé de toi à ma mère et je crois

bien que c’est la dernière fois que je te laisse derrière les barreaux.

- FIN -

Jean-Louis VIOT : voir sites internet « Jean-Louis VIOT, écrivain et Jean-Louis VIOT, détective privé.

Add comment 17 août 2009


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